Chapitre premier - Qu'elle était belle notre vallée avec son château, ses champs, ses prés ! ...

 

L’étroite vallée de Combes-d’Aubin s’étire sur quatre kilomètres environ, de la cote 292 à la cote 250, dans la direction Est-Ouest, du pied de la colline de Sauguieres au nœud routier de Cerons. En son fond, paresse le ruisseau du Banel, appelé « riou de la Banelle » aux premiers temps de la chrétienté.

Combes et Banel sont deux mots d’origine gauloise se rapportant à des dépressions. Combe désigne une vallée et, par extension, un lieu-dit ou un domaine établi dans cette vallée. Banel évoque également un val, mais pourrait venir aussi du latin benna (grand panier en osier), la présence de cette variété de saule étant de nature à expliquer la dénomination du ruisseau.

Combes, dont le nom fut mentionné pour la première fois en 1380, soit en pleine Guerre de Cent Ans dans les écrits de la châtellenie d’Albin (orthographe d’Aubin jusqu’en 1792), ne s’est peuplé qu’à la faveur de l’essor industriel, à partir du XIXème siècle. De fait, le cadastre réalisé en 1836, n’indique encore que deux édifices au fond du val et à ses deux extrémités : l’ancienne maison Mouysset sise au Trabosc  reconnaissable à son espèce de pigeonnier central et à la « Maison carrée », près de Cerons.  Cette dernière, appelée ainsi en raison de sa forme (un prisme à base carrée), fut bâtie en 1830, à l’initiative de l’abbé Dubruel, curé d’Aubin, qui avait l’intention de s’y retirer sur ses vieux jours et d’en faire une maison d’école. La mort ne lui permit pas de réaliser son dessein.

Le cadastre ignore un petit moulin, à peu près équidistant des deux précédentes bâtisses, parce que vraisemblablement apparu postérieurement.

Si ce moulin ne fonctionna pas très longtemps, plusieurs dénominations attestent son éphémère existence. Un plan de 1877 fait état du « plateau du Moulin », de la « mine du Moulin » et de la « route du Moulin à Combes ». Enfin, le quartier du Moulinou (petit moulin ) perpétue le souvenir de ce petit ouvrage qui utilisait l’eau du ruisseau du Banel pour actionner ses aubes.

Au sujet de ce moulin, dont il ne m’a pas été possible de fixer exactement l’emplacement, j’ai éprouvé l’irrésistible désir de vous rapporter ce que j’entendis conter dans mon enfance.

Lorsque la roue cessa de tourner (elle dut quand même tourner un tant soit peu…), il se créa la légende de la « saoumo griso » (l’ânesse grise),. De temps à autre, cet animal, sans doute le solipède de l’ancien meunier…, venait, disait-on, hanter les lieux à la tombée de la nuit. Il empruntait un chemin qui allait directement du moulin au bois de La Vaysse. Effectivement, le plan de 1877, déjà évoqué, porte ce chemin qui fut remplacé vers 1914 par la large boucle qui longe le jardin public. Si on distinguait plutôt mal le quadrupède, - et pour cause : la nuit tous les chats sont gris et les petits ânes aussi !.. en tous cas on l’entendait clopiner ce qui le rendait plus terrifiant encore…

Ce n’était là, bien sûr, que le fruit d’une des nombreuses croyances de l’époque, - thèmes de prédilection au cours des longues veillées d’hiver. A moins que cette fameuse ânesse n’ait été tout bonnement l’auxiliaire du croque-mitaine, terreur des enfants de chez nous, le « moment crépusculaire » venu…

Avant que ne débute l’ère charbonnière, notre vallée était, parait-il, particulièrement belle avec ses prés, ses champs, ses vignes, ses chênes, ses châtaigniers pas encore décimés par « l’encre », maladie implacable. Le château de Poux, accroché au versant merveilleusement exposé de Buffet, semblait veiller, depuis des siècles, sur cet ensemble paisible et agreste.

Un peuple de laboureurs et de vignerons s’échinait sur nos coteaux, depuis la plus haute histoire, à quelques exceptions près. C’est ainsi que j’ai décelé au 17ème et 18ème siècles :

-Trois tailleurs : Antoine Labro de La Valsayrie (en 1618), Pierre Lavaysse de La Martinie (1658), et Raymond Cledie de Peyrolles (1689) 

-Six tisserandiés (tisserands)  : Jean Labro de La Valsayrie (1622), Pierre Alric de La Martinie (1668), Antoine Gouse de Buffet et Pierre Gouse de La Valsayrie (1688), François Galtie de Pomaret (1747) et François Annat de Sauguieres (1793) 

-Quatre marchands :  Antoine Delsol de Sauguieres (1737), Jean Capelle de Fontaynes (1746), Pierre Bongrat (1752) et Jean-Baptiste Bouquet (1792) tous deux de Peyrolles

-Un cardeur (peigneur de laine) : Antoine Bertand des Escabrins (1657)

-Deux charpentiers : Guillaume Olivier de Fontaynes (1715) et Jean Laurens des Escabrins (1759)

-Deux maçons : Pierre Tauria des Escabrins (1748) et Pierre Alran de Pomaret (1793)

-Un agrimenseur (arpenteur) : Jean Bongrat de Peyrolles (1650)

-Un praticien ( ?) : Louys Scalery de Fontaynes (1697)

-Un bouviaire (bouvier) : Jean Domergue de La Martinie (1742)

-et curieusement, en 1657, un Jean Malaval « cantaïré » (chanteur) de Forcefaves, hameau voisin de Combes.

Cependant, depuis fort longtemps on s’intéressait à la houille. Au XIVème siècle, il était question des gisements de charbon dans certains hommages au Comte d’Armagnac. A la fin du XVème siècle, on avait fait appel à un technicien flamand, - Rauletti Lebrun pour les mines du noble à la tête du château de Lassalle et pour la petite exploitation située près du château de Poux, où Fourgous et Madrigas étaient mineurs en 1788, tandis que Roupaud puis Ponsart avaient le titre de « directeur ». Raymond Raynal de Buffet, Pierre et Antoine Muratet exerçaient le métier de « charbonnier » en 1816.

A deux reprises, les propriétaires et les marchands de charbon de la communauté aubinoise s’opposèrent violemment à des concessions octroyées à des nobles étrangers à la région par Louis XIV d’abord Louis XV ensuite. D’autant que les émissaires des concessionnaires eurent la prétention ou la maladresse d’interdire aux particuliers l’exploitation du sous-sol de leur domaine. L’échec de ces tentatives de rationalisation fit que le commerce du charbon continua de vivoter. Néanmoins, c’était là les prémices de la grande industrie qui naitra et se développera au XIXème siècle. De très nombreux travailleurs viendront, parfois de fort loin, s’entasser dans les logements des hameaux perchés sur les hauteurs, avant de peupler la vallée à partir de 1845.

Bref, le nom de Combes qui ne représentait qu’une ferme depuis cinq siècles, allait devenir celui d’une agglomération de 1546 âmes en 1876 et de 2000 en 1900. Cela malgré l’émigration de maintes familles, notamment en Amérique, vers la lointaine Californie, conséquence de la nette récession économique qui s’était manifestée en 1878 et qui avait secoué le pays avec la mort de l’ingénieur Watrin, en 1886.

Il est vrai que les bilans démographiques étaient nettement positifs avec, par exemple en 1901, 53 naissances. Voyons, dans le détail, les familles ayant, cette année-là, enregistré, comme l’on a coutume de dire, « un heureux événement ».

-Alary, Barbes, Bedel, Bosc, Cabrol, Cadene, Cadoul, Campergue, Clair, Cussac, Delannes, Delteil, Espeillac, Frontil, Galan, Garric, Hugonenc, Lacan, Lauvergnat, Malgouyres, Revel, Rieu, Salesses, Torne, Vaurette, toutes indiquées domiciliées à Combes.

-Alran, Cabrieres, Pelras, Viguie du Moulinou

-Laurens de Nauquieres

-Viargues de Sauguieres

-Aldias, Barre, Bony, Fabre, Pierre, Rigaldies, Verdier des Escabrins

-Aurejac, Ferrieres de Peyrolles

-Galan, Teyssedre de Buffet

-Couderc, Ferret, Laurens, Lemousy de la Buenhe

-Feral du Montet-Bas

-Imbert, Joulie de la Vaysse

-Girou de la Valsayrie

-Taillade de la Valsayrie-basse

-Plainecassagne du Pouget.

Hélas ! La mortalité enfantine était très importante : 26 décès, en 1901.

-9 enfants mort-nés aux foyers Baptiste, Bernussou, Galan de Combes ; Cabantous du Moulinou, Amans du Bois Noir ; des jumeaux chez les Pomaret ou Pomarede de Pomaret et chez les Mouly de Combes.

-17 enfants morts en bas-âge : Bedel (6 jours), Galan (14 jours), Cadene (trois mois), Lauvergnat (quatre mois et demi), Torne (sept mois), Baux (sept mois), Vaurette (neuf mois), Trep (neuf mois), Mouly (onze mois), Espinasse (1 an), Raynie (17 mois), Laborie (20 mois), Hugonenq (3 ans) dont les parents étaient domiciliés à Combes, Maragou de la Martinie et Laurens de Nauquieres (4 ans), Salere de la Buenhe (5 ans), Capelle de Buffet (12 ans).

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